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3 – Une Démarche Anxiogène Inspirée Des Jeux Vidéo

3 – Une démarche anxiogène inspirée des jeux vidéo

Cet été, ACDE Conseil publie une série d’articles éditoriaux sur les projets dans le monde numérique, à raison d’un chaque quinzaine.

Volontairement engagés, pas toujours politiquement corrects, ces articles ont vocation à faire réagir le lecteur et à nous faire prendre un peu de recul pendant cette période de congés.

Aussi, n’hésitez pas à débattre, à réagir, à nous faire part de votre expérience, à nous contredire. La courtoisie reste de mise, aussi tout article n’en respectant pas les règles de bases sera irrémédiablement recyclé.

Bel été, bonnes lectures !

Vincent

1 – Un conflit séculaire (1er juillet 2019)

2 – Les codeurs au pouvoir (15 juillet 2019)

3 – Une démarche anxiogène inspirée des jeux vidéo (29 juillet 2019)

Regardons de plus près l’une des méthodes phares de la pensée AGILE : le SCRUM.

Un ésotérisme stérile

Les méthodes AGILE et en particulier du SCRUM ont inventé leur propre registre sémantique. Certains des termes « Master », « Epic », viennent tout droit du monde merveilleux des légendes, (« heroic fantasy ») et autres jeux de donjons-dragons chers aux geeks et aux développeurs. Peut-être cet ésotérisme répond-il au besoin d’appartenance à une caste et à la quête de reconnaissance de certains…

Le « product owner » a remplacé le terme franchouillard et vieillot de « maître d’ouvrage », personne ne s’en plaindra. Mais rappelons qu’il existait depuis toujours dans l’industrie et même dans le monde du logiciel celui de « chef de produit »

Plus inquiétante est l’ambiance culpabilisante voire stressante qui se dégage de certains termes employés :

Tout commence avec un « Backlog », terme générique désignant le travail à effectuer. La racine « back » apporte une connotation négative comme s’il s’agissait de pointer ce qui est en retard ou bien qui n’est pas encore fait. L’ancienne dénomination « fonctions attendues » était tout aussi explicite et bien plus valorisante.

Une violence a peine masquée

Ensuite vient la notion de « Sprint », désignant la période, en général un mois, durant laquelle le travail doit être réalisé. Le terme de « sprint » évoque directement le monde sportif et en particulier celui des courses cyclistes. Dans un sprint cycliste, il s’agit sur la fin de jouer des coudes, au sens propre, pour aller plus vite que ses adversaires et remporter la compétition, avec les risques de chute que l’on connait. Transposé dans le monde des projets, cette notion de sprint laisse donc entendre qu’il faut se presser, se mettre la pression sur les délais. On est en compétition avec ses collègues et qu’il faut monter que l’on est plus rapide, plus efficace qu’eux. Cela va générer du stress qui ne peut aller qu’en s’accroissant au fur et à mesure que l’on approche de la fin du sprint, voire tous les jours lorsque l’on parle de « daily sprints ». L’ancienne terminologie faisait référence à des « lots de travaux » (« workpackages »), une façon tout aussi pragmatique et nettement plus bienveillante de désigner « une quantité raisonnable de travail à réaliser en quelques semaines par une équipe composée de quelques personnes ».

Ces deux notions se cumulent lors du « Backlog sprint ». Ce n’est autre que la « réunion de planning » permettant d’orienter et de cadrer le travail des semaines à venir. Un de mes collègues britanniques appelait cela “bug blitzkrieg”…

Question dérivée : où se nichent les temps d’architecture et de conception ? Et notamment, comment assure-t-on la performance, la sécurité et l’intégrité référentielle d’une base de données si l’on se donne la possibilité de la retouche par petits bouts tous les quatre matins, sous prétexte d’agilité ?

Autre question dérivée : Comment identifie-t-on ce qui est légalement amortissable du point de vue comptable, de ce qui ne l’est pas ?

Élément central et éponyme de la méthode : le Scrum. En anglais rugbystique, cela signifie « mêlée ». Quiconque a pratiqué le rugby, ou en a été spectateur, mesure combien cet épisode est tout sauf doux : morsures d’oreilles, doigts en fourche dans les yeux, coups de poings au visage ou en d’autres parties plus sensibles, interruptions par des pugilats spontanés en sont des dommages collatéraux fréquents. En projets AGILE, la mêlée quotidienne « daily scrum » est une réunion quotidienne de 15 minutes destinée à cadrer et à confirmer le travail de la journée. Elle se tient dans un même lieu et à heure fixe en début de journée.

Vous avez dit : “libéré” ?

Certains prétendent qu’il s’agit en fait d’une astuce pour obliger les développeurs à se lever le matin et à arriver à l’heure au bureau… Les jusqu’au boutistes recommandent même de tenir cette réunion debout, afin de stimuler je-ne-sais-quoi et d’éviter que la réunion s’éternise. De fait, l’équipe commence sa journée par un événement contraint, au lieu de discuter de tout cela autour d’un café dans un environnement convivial. Le tout sous la houlette d’un « Scrum Master » qui se substitue au chef de projet. Le « Scrum Master » est-il le « Père Fouras » du numérique ? Doit-il être vêtu d’une cape, d’une baguette magique et d’un chapeau pointu ? la méthode AGILE ne comporte pas d’indication sur ce sujet.

Enfin, pour terminer, le sprint se conclut par une « revue de sprint » (« sprint review ») et par une « rétrospective de sprint » (« sprint retrospective »). La revue de sprint a pour objet d’inspecter le travail réalisé, alors que la rétrospective de sprint porte sur les améliorations à apporter. Tout cela était auparavant traité lors des « bilans d’étape ». Là encore, le scrum n’invente rien et se contente de labelliser différemment des notions éprouvées. Lors de la rétrospective, on s’attache à évaluer entre autres l’efficacité de l’équipe via un indicateur nommé « vélocité », que certains interprètent comme devant être constamment croissante. On retrouve là encore un terme anxiogène et stressant, comme s’il s’agissait accroître mois après mois la pression sur l’équipe et de faire toujours plus d’une fois sur l’autre, alors qu’il s’agit surtout de faire mieux.

On prône l’entreprise libérée, l’autonomie des équipes et on leur impose un cérémonial aux relents sectaires.

A suivre…

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